PANDORA de Park Jeong-woo – La critique de Mocha

pandora sur netflix

PANDORA de Park Jeong-woo | Drame-Catastrophe | 2H16 | 2016

Synopsis du film : « Quand un séisme dévaste un village coréen où une centrale nucléaire est en activité malgré sa vétusté, un homme (Jae-hyeok) risque sa vie pour sauver sa famille et son pays du désastre annoncé. »

Pandora c’est le film catastrophe de 2016 très attendu en Corée suite au succès de Dernier Train pour Busan la même année. Mais encore… pourquoi on en parle ? Parce que cette fois-ci le thème est plus réaliste que fictif, il s’agit du nucléaire et des ses dangers notamment lorsque les infrastructures ne sont plus adaptés et que les mesures de sécurité laissent à désirer. Mais on en parle aussi parce que la plateforme Netflix a acheté très rapidement les droits de Pandora pour le diffuser dès janvier 2017 dans 190 pays dont la France. Un système de diffusion rapide qui semble bénéfique autant pour le producteur du film que pour la plateforme de streaming.

C’est d’ailleurs grâce à Netflix que j’ai pu visionner le film en toute légalité (je rappelle que Netflix est une plateforme de streaming par abonnement). Je vous mets toute suite la bande-annonce et ensuite on rentre dans le vif du sujet 😉

Le thème du nucléaire : on est jamais à l’abri d’un accident.

Premièrement j’aime bien le thème, on a peu de films qui traitent du nucléaire (surtout quand ça se passe en temps réel et pas les conséquences 10 ans après).  Une de mes premières réflexions c’est que j’aurais bien aimé avoir un film comme ça sur les événements de Fukushima Daiichi de 2011 et comment les autorités japonaises y ont fait face mais je pense que le réalisateur y a fortement fait écho dans le film et a pu prendre cette liberté de thème et de point de vue justement parce que la Corée du Sud n’a pas connu cette situation et peut en parler plus facilement.

C’est un sujet qui concerne la Corée du Sud car c’est encore un pays fortement nucléarisé et comme le Japon un petit espace territorial pour des centrales construites forcément non loin des zones habitées : 23 réacteurs répartis dans 4 centrales nucléaires (et là je vous parle de la vraie situation en Corée du Sud). Comme elles desservent tout le pays en électricité vous imaginez ce que l’impact d’une catastrophe nucléaire sur l’une ou plusieurs de ces centrales pourrait engendrer, sans parler de la vague de radioactivité).

nucleaire coree source de l’image

La population coréenne ne s’en inquiète pas car l’activité nucléaire est devenue une normalité et la population n’a pas appris à vivre sans cette source d’énergie (quand bien même polluante et dangereuse soit-elle).

Dans le film la Corée du Sud possède également 4 centrales nucléaires, voici une image tirée du film où on voit brièvement la carte de Corée du sud avec son réseau nucléaire.

carte nucl pandora

Dans ce passage le 1er ministre explique que si la situation s’aggrave les villes de Daejeon, Daegu et Séoul finiront par tomber. La carte est assez similaire à la vraie carte de l’activité nucléaire coréenne un peu plus haut. Le réalisateur a simplement implanté la centrale en question dans une ville fictive du littoral nommée Hanbyul. Ce qui est assez ironique car ce nom signifie en coréen « étoile coréenne ». C’est dans cette ville que vit le personnage principal, Jae-hyeok.

Les éléments clés de Pandora :

1. Un anti-héro qui rêve d’un avenir meilleur.

Enfant, Jae-hyeok était fasciné par la première unité nucléaire installée sur l’île en la comparant à un cuiseur de riz géant grâce auquel tout le monde serait alimenté en électricité et auquel on devrait être reconnaissant. Le point de vu de cet enfant représente le point de vu naïf du reste de la population coréenne sur l’énergie nucléaire.

Devenu adulte, Jae-hyeok n’a plus du tout le même avis, Hanbyul et sa centrale nucléaire représentent une véritable prison pour lui : travailler à la centrale semble être le seul avenir de tous les hommes de Hanbyul, il n’y a plus de pêche ni d’agriculture ni de tourisme, les habitants sont divisés et se battent. Ce qui semble être une bénédiction pour les uns (alimentation en énergie) est une malédiction pour d’autres (unique travail, mise en danger au quotidien et mauvaise rémunération).

jae-hyuk

2. Un gouvernement impuissant et une population aveuglée par le confort.

Le gouvernement en place manque cruellement de communication interne, le premier ministre prend le programme nucléaire à la légère et a lancé son développement sans faire faire toutes les réparations nécessaires et ce, bien entendu, dans le dos du président.

Les ouvriers savent pertinemment que la 1ère unité a plus de 40 ans et que les valves n’ont pas été remplacées mais tout le monde fait semblant que tout va bien. Lorsque le rapport sur l’état de l’unité 1 atterrit enfin sur le bureau du président il est déjà trop tard. Un tremblement de terre de magnitude 5 touche Hanbyul et cause une brèche au niveau des valves de refroidissement de l’unité 1. Une explosion dans la centrale irradie de nombreux ouvriers en train de réparer (comme avait été irradié le père de Jae-hyeok à l’époque du 1er incident sur la centrale).

Le temps tourne à toute vitesse et les autorités manquent de réactivité, le gouvernement n’arrive pas à prendre de décision, le président et le 1er ministre se querellent, ce dernier ayant caché la plupart des faits et souhaitant couvrir l’affaire afin de ne pas paniquer les foules et d’éviter que l’économie du pays plonge dans le chaos.

pandora gouvernement

L’évacuation des villes alentour est de plus en plus retardée jusqu’à ce que la situation devienne intenable et que les gens fuient de leur propre chef créant ainsi d’immenses bouchons (comme il n’y a pas de procédure de secours il n’y a qu’un seul trajet pour sortir de Hanbyul). Les autorités sont totalement impuissantes face aux événements, les équipes de secours ne bougent pas d’un pouce (peur du taux de radioactivité dans la centrale).

Chacun s’en remet à son supérieur, les ordres se contredisent et l’engrenage se referme sur les ouvriers de Hanbyul qui crachent déjà leurs poumons.  Il faut à tout prix refroidir la centrale mais les pompiers n’ont plus d’eau et pomper l’eau de mer risquerait de mettre hors-service le réacteur (et bien sûr devinez qui ne veut pas abîmer le réacteur). Le risque de fusion et d’explosion devient imminent lorsqu’un autre problème surgit, le réservoir d’eau interne servant à refroidir les barres de combustibles est fissuré, si le niveau de l’eau baisse il y aura une nouvelle explosion d’hydrogène qui entraînera une fusion du réacteur.

Pendant ce temps les aéroports, ports et gares sont assaillis par la population cherchant à fuir coûte que coûte (on a d’ailleurs un petit clin d’œil à Dernier train pour Busan avec un plan sur la gare Séoul Station bondée de monde se battant pour monter dans les derniers trains). Les habitants de Hanbyul essaient de rester grouper pour se mettre en sécurité, ils sont menés par la petite amie de Jae-hyeok. Sa mère et sa belle-sœur arrivent à se serrer les coudes pour protéger le petit Min-jae (neveu de Jae-hyeok).

famille jae hyuk

3. Une prise de conscience sur les conséquences immédiates de l’activité nucléaire.

Je ne vous raconterai pas le dénouement du film mais simplement la réflexion finale de Jae-hyeok que j’ai bien aimé. Il compare le monde industriel actuel à une boîte de Pandore que l’on aurait ouverte et dit qu’il faudra s’attendre désormais à vivre sous le règne des catastrophes tout en gardant l’espoir, un espoir qui nous permette de croire en l’avenir. Dans le film, l’enfant Min-Jae représente l’avenir de la famille de Jae-hyeok, sera-t-il condamné à travailler lui aussi à la centrale ou sera-t-il libéré de cette malédiction.

Le film pose fondamentalement la question de l’environnement durable, quel monde souhaitons-nous transmettre à nos enfants, aux générations futures ? Un monde prospère à tout prix ou bien un monde rassurant et sans danger ? Une morale pas écrasante et même nécessaire pour tous les pays aux activités industrielles polluantes ou aliénantes pour leurs employés : ne pas laisser la peur nous rendre aveugles et sourds face aux réalités.

Les bons points :

  • Un scénario qui tient la route.
  • Les acteurs jouent de façon juste et sans trop de chichi.
  • Une morale pas écrasante.
  • Un thème réaliste et peu abordé dans d’autres films.

Les bémols :

  • La musique est un peu pauvre dans le film mais ça le rend plus réaliste et moins glamour.
  • Des vomissures à gogo c’est pas terrible (je sais les radiations c’est moche mais ils pourraient quand même vomir du sang et pas du porridge).
  • Le film manque un peu d’action mais c’est peut-être ça qui a voulu être montré, l’inaction totale, au point où on voudrait rentrer dans le film et leur crier dessus, on est mal à l’aise, on se sent soit même impuissant face à la situation.

Ma note : 2,5/5

Un film coréen diffusé par Netflix.

Parler de Pandora diffusé en France par Netflix, c’était aussi l’occasion de parler de ce que représente cette opportunité pour le réalisateur : présenter son film à un public mondial de 190 pays quelques mois seulement après sa sortie en Corée du sud. En achetant les droits de diffusion de films coréens Netflix est aussi gagnant, cela lui permet d’offrir un plus large choix de films et de commencer à gagner des parts de streaming (si on peut dire) sur le cinéma coréen qui séduit un public de plus en plus large. Netflix se révèle alors être une plateforme adéquate pour gagner en visibilité (190 pays pour Pandora alors qu’il y avait peu de chance que le film soit acheté par nos salles françaises).

Polémique Netflix au Festival de Cannes, on en parle ?

Plateforme adéquate ou pas, c’est un débat qui se pose en ce moment et notamment pour le film « Okja » de Bong Joon-ho au Festival de Cannes qui faisait partie de la compétition pour la Palme d’or.

On vous a fait un petit topic dessus ! Direction Polémique Netflix au Festival de Cannes, on en parle ?

 

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