« Ils sont fous ces coréens ! » : le récit d’une immersion en entreprise coréenne

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« Ils sont fous ces coréens ! » est un ouvrage d’Eric Surdej publié en 2015. L’auteur, premier dirigeant non-coréen dans le groupe LG, y rapporte ses expériences et ses déboires dans l’entreprise sud-coréenne. La notion de hiérarchie, d’efficacité et les rapports humains y étant bien différents de notre conception française, il livre les éléments qui lui ont permis de « survivre » près de 8 ans dans un environnement plutôt fanatique. Petit focus sur quelques éléments qui m’ont marqué.


Ce livre trônait sur mon étagère depuis quelques temps lorsque j’ai finalement décidé de l’ouvrir. En un peu moins de 200 pages, Eric Surdej, ancien patron de la filière France de LG, raconte son expérience en tant que haut cadre étranger dans ce chaebol (재벌) coréen. Le mot chaebol, comme il l’explique si bien, est composé de chae (재), la propriété et bol (벌), la famille noble. Un mot qui se suffit à lui même pour désigner les grands conglomérats familiaux qui ont largement contribué au développement et à la prospérité de la Corée du Sud. Samsung ou encore Hyundai sont des noms qui ne vous sont probablement pas étrangers.

Des entreprises familiales ? Il y en a beaucoup en France, me direz-vous. Et vous avez raison. Sauf que la plupart sont des PME et non des conglomérats ou des multinationales comme en Corée. Ces grands groupes font la fierté du peuple coréen. Une carrière chez Samsung est l’assurance d’une reconnaissance sociale réussie, ceux qui y entrent sont la crème de la crème des cadres coréens. Si leurs salaires sont les plus élevés, leurs heures de travail le sont tout autant. Lors de mon dernier séjour en Corée, j’étais à moitié étonnée de voir autant lumières allumées à 23h dans l’ immense immeuble abritant le siège de l’entreprise ! Quelques amis coréens m’avaient déjà parlé de leurs connaissances travaillant chez Samsung qui passaient leur temps à travailler contre une rémunération plus que gratifiante.

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« Chief Kim », le dernier drama en date sur le monde de l’entreprise

Entre efficacité et discipline

Attention les lignes qui suivent révèlent notamment quelques éléments du livre ! Vous serez prévenus !

Revenons au récit d’Eric Surdej. Lorsqu’il a intégré LG au niveau du top management de la filiale française, il y avait tout à faire. Il explique comment il a contribué à la construction de l’image de marque dans notre pays et à la montée spectaculaire des parts de marché sur notre territoire. Une vraie réussite. Il faut dire que les produits proposés étaient de bonne qualité et que le marketing était soigneusement pensé pour chaque cible de consommateur. Je me rappelle encore à quel point j’aimais mon téléphone LG dans mes années lycée. Un petit clapet pour mon clavier azerty rouge chromé et l’écran qui pivote quand je l’ouvre ? Je le trouvais tellement classe quand je l’ouvrais, il me faisait penser à une mini console portable !

L’ouverture de LG à l’étranger semblait alors très prometteuse pour l’auteur. D’autant plus qu’il fut le premier non-coréen à être promu en tant que Président d’une filiale. L’entreprise l’a intégré et formé directement en Corée lors de séminaires intenses réunissant d’autres hauts cadres (coréens). Mais la décision d’un retour du management traditionnel à la coréenne a marqué, selon lui, le début d’une chute qui aurait pu être évitée. Une organisation du travail rigide et verticale, tensions et rivalités entre coréens et français… ces derniers ne tenaient pas bien longtemps dans l’entreprise. Aussi compétents fussent-ils.

Des pratiques étranges pour nous français

Un élément qui m’a marqué est le système de délation interne à l’entreprise. Le système informatique intègre un outil de délation !? Après réflexion, il semble peut être normal, d’un point de vue coréen, qu’un tel système existe. La délation est encouragée en Corée dans la vie de tous les jours. Si vous êtes témoins d’un délit commis par votre voisin, vous pourrez le dénoncer à la police… qui vous récompensera gracieusement avec quelques billets. De quoi encourager les gens à dénoncer leur prochain ! J’ai aussi entendu des histoires sur des personnes qui regardaient les enregistrements de boite noire de leurs voiture garée pour voir s’ils y voyaient des infractions. Pratique pour arrondir ses fins de mois ! Je suppose, bien entendu, que ce système a été créé dans le seul but de dissuader les délits et mauvais comportements. Pas pour dénoncer pour le plaisir, n’est-ce pas ?

Une autre anecdote étrange m’a aussi marqué. Un homme a manqué de se faire virer car il avait pris une photo discrète du numéro 1 de LG après un repas d’entreprise. Un motif de licenciement inimaginable pour nous les français. Le respect de la hiérarchie est très marqué et montrer son statut dans l’entreprise est important pour se faire respecter. On ne plaisante pas avec son boss ! Cette notion stricte de hiérarchie,  issue de la culture confucéenne coréenne (article du lien en anglais), est difficile à assimiler pour un français.

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Des musiciens et danseurs lors d’un rite confucianiste. Source : korea.net

Vouer sa vie à l’entreprise

Au fil des pages, on s’aperçoit que les employés coréens ont une priorité qui dépasse toutes les autres : l’entreprise. Leurs épouses, souvent elles aussi très qualifiées, sont le plus souvent femmes au foyer et sont dévouées à leur mari qui passe son temps dans l’entreprise. La famille s’en trouve considérablement affectée mais les épouses elles-mêmes acceptent de bon cœur l’absence de leur conjoint car il s’agit de son travail et de sa boîte…

Je suppose que cela a un effet assez destructeur sur la cellule familiale et les enfants coréens deviennent alors beaucoup plus proches de leur mère. C’est comme si dans une famille la mère était le pilier affectif et le père le pilier financier. L’auteur français, surnommé « half korean« , faisait de son mieux pour suivre le rythme de l’entreprise au détriment de sa famille. Il racontent même que ses enfants détestaient LG car LG leur avait pris leur père… De quoi avoir des regrets par la suite 🙁

La place de la femme

Et les employées au féminin dans cette histoire ? Apparemment elles ne représenteraient qu’un pourcentage infime de la totalité du personnel. Il n’est fait aucune mention d’une femme occupant un poste important dans le livre d’Eric Surdej…

Dans le livre, on retrouve surtout les femmes des employés importants invitées à des séminaires de couture ou autres travaux domestiques pour supporter leur mari et leur famille. Du beau gâchis pour des personnes qualifiées si vous voulez mon avis bien franco-franchouillard. Mais cela reflète bien la société coréenne traditionnelle issue du néo-confucianisme.

J’ai cette impression que la majorité des femmes coréennes qui continuent à travailler (ne généralisons pas non plus !) sont des career women indépendantes célibataires.

Une leçon à en tirer

Si Eric Surdej quitte finalement LG (je vous laisse lire son livre pour savoir de quelle manière), il conclut sur une réflexion très intéressante. Pour parvenir à ses fins dans un groupe, ici une entreprise asiatique, il faut opter pour une stratégie du cheval de Troie. S’installer au sein d’un groupe, adopter leurs pratiques. Puis, tel un aïkidoka, faire avec son « adversaire » pour l’entraîner dans la direction où l’on veut aller. Une belle leçon qui peut s’appliquer dans de nombreux cas si vous voulez mon avis !

Au final, j’ai trouvé ce témoignage très instructif bien qu’il fasse réfléchir à deux fois avant de vouloir intégrer un chaebol coréen. Je pense qu’il ne faut jamais généraliser une situation car beaucoup de cas sont différents. Mais ce récit reflète bien le management traditionnel à la coréenne. Un type de management qu’il est difficile de comprendre ou d’adopter en tant qu’occidental, par exemple. Pourtant, avec la mondialisation et une évolution progressive de la société coréenne, les mentalités sont peut être en train de changer.

Vous pourrez retrouver prochainement un article sur les jeunes coréens et leur rapport à l’entreprise.

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UX / UI Designer et addict au Matcha Latte.
Ce que j’aime de la culture coréenne ? Entre la cuisine ♥, la langue ou les dramas… la liste est longue ! Après deux séjours au pays du matin frais, je partage avec vous mes impressions sur ce qui touche à ce pays~

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